En bref
Lorsque la répression rend la protestation trop risquée, transformez les gestes du quotidien en contestation — conduire lentement, applaudir, porter du noir ou encore rire — pour ridiculiser les autorités et les mettre devant des choix impossibles.
« Si l'autorité vous étouffe, tout ce qui vous reste est le “non autorisé”. »
— China Miéville, The City and the City
En juillet 2011, la frustration publique en Biélorussie face à une crise économique croissante a atteint un point d'ébullition. Le régime autoritaire du président Alexandre Loukachenko avait interdit toute protestation politique, et la police réprimait toute expression vocale de dissidence. En réponse, des organisateurs se faisant appeler « Révolution par les réseaux sociaux » ont commencé à appeler les gens à se rassembler en public et à applaudir, ou à régler leurs téléphones portables pour sonner en même temps, transformant ainsi ces actions quotidiennes simples en expressions publiques de dissidence étonnamment profondes.
Lorsque les rassemblements de masse et les manifestations publiques deviennent trop dangereux, des actions simples et quotidiennes, réalisées en masse, peuvent illustrer le caractère absurde de l'autorité répressive.
À mesure que ces non-protestations se répandaient, la répression policière se faisait de plus en plus dure. Le régime reconnaissait, à juste titre, que les applaudissements servaient à saper son autorité. S'il ne faisait rien et continuait à laisser faire ces rassemblements et ces applaudissements sans punition, la population finirait par s'opposer ouvertement au régime par d'autres actions. Au lieu de cela, le monde a assisté au spectacle absurde d'un grand nombre de citoyens biélorusses arrêtés simplement pour avoir tapé dans les mains. La répression a ainsi exposé l'irrationalité profonde du gouvernement, une perception encore renforcée lorsque le Parlement s’est vu soumettre un projet de loi prétendant rendre illégale « l'inaction organisée » des manifestants silencieux.
De nombreuses années plus tôt, en 1983, le mouvement ouvrier au Chili avait prévu de lancer une nouvelle résistance à la dictature de Pinochet, 10 ans après son instauration, par une grève massive dans les mines de cuivre, la colonne vertébrale de l'économie chilienne. Avant que la grève ne puisse avoir lieu, l’armée a cerné les mines et un bain de sang semblait inéluctable si les mineurs mettaient ce plan à exécution. Au lieu de cela, les leaders de la campagne ont brillamment changé de cap, optant plutôt pour une Journée nationale de protestation composée d'actions décentralisées, appelant ceux qui les soutenaient à conduire lentement, à faire clignoter leurs lampes la nuit et, à 20 heures, à frapper des ustensiles de métal. La participation a été très forte, et ces mini-protestations ont aidé à rétablir la confiance d’un mouvement d'opposition qui semblait avoir été écrasé, tout en permettant aux Chiliens de surmonter leur peur d'agir.
Comme le montrent ces deux actions, lorsque les rassemblements de masse et les manifestations publiques deviennent trop dangereux, des actions simples et quotidiennes, réalisées en masse, peuvent signaler la dissidence, rassembler des foules, faire passer des messages, illustrer le caractère absurde de l'autorité répressive et mettre l’adversaire devant un dilemme décisionnel, tout en évitant ou en différant la répression violente.
Ce principe ne s'applique pas seulement aux régimes répressifs, mais aussi aux situations dans des sociétés supposément plus ouvertes qui ont vu la criminalisation de la vie quotidienne pour certains segments de la population. Pensez aux deux femmes queer qui s’embrassaient devant l'Église mormone à Salt Lake City jusqu'à ce que des agents de sécurité interviennent pour les expulser. Ou encore au Dance Liberation Front avec ses danses dans les rues et des espaces non autorisés du New York de Giuliani pour défier les lois répressives des années 1920 sur les « cabarets » toujours en vigueur.
Exemples du monde réel

Dozens of moms in Australia held a “Nurse In” in defense of a fellow breastfeeding mom when she was asked to leave the Bendigo Mall’s food court.

In response to an expanding Nazi curfew in Copenhagen, Danish workers walked off their jobs to “go tend their gardens,” infuriating the authorities.