En bref
Les diplômés au Zimbabwe ont fait de leur chômage une manifestation quotidienne, inscrivant dans les esprits le lien évident entre le chômage, la crise financière et la corruption.
Le Zimbabwe a beau avoir l’un des taux d’alphabétisation les plus élevés d’Afrique, plusieurs années de mauvaise gestion et de sanctions économiques l’ont conduit à une crise financière inévitable. En 2013, le gouvernement a promis de créer deux millions d’emplois, et pourtant la crise ne semblait qu’empirer avec le temps. En 2016, cela a conduit un groupe de jeunes, qui n’arrivaient pas à trouver du travail ou comment mener une vie digne, à manifester contre le chômage au Zimbabwe, qui a l’un des plus hauts taux d’Afrique.
Au sommet de la crise, la plupart des personnes diplômées du secondaire, du supérieur ou même avec un doctorat se sont retrouvés sans emploi, ou sous-employés. Pour pouvoir s’acheter des biens de première nécessité, ils avaient souvent des boulots éloignés de leur domaine d’études — des emplois tels que vendeurs de cartes de téléphone, de légumes ou de journaux (see: PRINCIPLE: Focus on basic needs.
Pour rendre leurs actions mémorables, ils ont présenté leurs luttes personnelles comme un problème politique.
Traditionnellement, les diplômés se servaient de leurs cérémonies de remise de diplômes pour mettre en scène des manifestations afin d’exprimer leur frustration. Certains passaient des pancartes en douce et les dévoilaient au cours de la cérémonie, ce qui provoquait des réactions. Mais ces manifestations cérémonielles se sont révélées ponctuelles et éloignées, et donc très inefficaces lorsqu’elles servaient de tactiques indépendantes.
En 2016, un groupe de jeunes s’est organisé avec un slogan diplômés sans emploi. Tirant les leçons de leurs précédentes tentatives, ils se sont rendu compte qu’ils avaient besoin de se concentrer sur des actions mémorables s’étendant sur sur une longue période afin d’influencer véritablement et directement l’opinion générale. Pour rendre les actions mémorables, ils ont présenté leurs luttes personnelles comme un problème politique.
En tant que vendeurs de rue, les membres du groupe ont commencé à vendre des légumes en arborant leurs tenues de lauréats. Vite, de nombreux autres diplômés sans emploi se sont joints à eux, non seulement parce que la tactique était facile à organiser indépendamment, mais aussi parce qu’ils se sentaient plus en sécurité à le faire collectivement. Les diplômés travaillant comme chauffeurs de transports publics (kombi dans la langue du Zimbabwe, matatu ou daladala en Swahili) ont commencé à effectuer leurs tâches quotidiennes en arborant leur toge universitaire.
Avec une participation large et un peu de créativité, les actions ont commencé à attirer pas mal d’attention. Le groupe a tiré parti de cette dynamique pour devenir plus public. Il a organisé des matches de foot dans la rue dans divers quartiers de Harare, toujours en portant leurs toges. Au Zimbabwe, et plus généralement dans l’hémisphère sud, les écoliers jouent souvent au foot durant les vacances scolaires, ce qui indique qu’ils sont en congés ou bien qu’ils n’ont rien à faire. Ce faisant, les diplômés sans emploi adressaient un message similaire..
La simplicité, la créativité et la cohérence de leur message était efficace pour influencer le discours public à leur avantage, ce qui a mis l’État sur la défensive. Ce qui est savoureux, c’est que le régime a réagi à cet humour en arrêtant les diplômés sans emploi et en les accusant du crime de « nuisance publique ». Toutefois, la cour les a jugés non-coupables et a ordonné leur libération.
Tactique clé
En allant mener leurs activités quotidiennes habillés de leurs toges universitaires, les diplômés sans emploi ont affiché les forts taux de chômage dans un tour satirique provocateur, mais subtil. Le recours à l’humour a facilité la propagation du message parmi les autres diplômés sans emploi, les citoyens plus généralement, et les médias, renforçant ainsi la pression exercée sur le gouvernement pour qu’il agisse.
Principe clé
Porter la toge universitaire était simple, imaginatif, les risques minimes, ce qui permettait de rejoindre facilement les actions programmées ou d’organiser des actions indépendamment partout dans le pays. Ces ingrédients ont été cruciaux pour permettre à la tactique d’atteindre l’échelle requise.