En bref
Un geste simple de rébellion (mettons, des milliers de personnes indigentes retroussant leurs poches tout en vaquant à leurs journées) peut alerter sur les inégalités économiques et paniquer les oppresseurs.
« Il faut garder à l’esprit que le peuple ne se bat pas pour des idées, pour des choses qui sont dans la tête des autres. Il lutte pour gagner des biens concrets, pour vivre mieux et en paix, pour voir sa vie s’améliorer, pour garantir l’avenir de ses enfants. »
— Amilcar Cabral
La pauvreté, et la souffrance qu’elle implique, est trop souvent invisible. La richesse, elle aussi, peut rester cachée, sur des comptes offshores ou derrière des mouvements de capitaux d’entreprises. Mais un geste simple, et bien rebelle, qui mettrait ces inégalités économiques en lumière — et qui aiderait à dépasser l’infamie qui les accompagne — peut rapidement se répandre et gagner l’adhésion de milliers de participants. Si ce genre de gestes connaît souvent une propagation et un succès rapide, c’est d’abord grâce à leur caractère public, à la symbolique puissante, qu’ils sont faciles à reproduire et qu’ils ont un fort impact visuel.
En 2017, le Zimbabwe affrontait une terrible crise de liquidités. Les banques, souvent à court d’espèces, ont fixé des limites des possibilités de retraits à 30$ USD. Cette mesure a particulièrement affecté les habitants des zones rurales dont les communautés étaient dépourvues de banques, et qui devaient traverser de longues distances pour faire des retraits d’argent liquide. Exténués par cette situation insoutenable, des membres du Syndicat des enseignants ruraux du Zimbabwe (ARTUZ) ont décidé de se rendre à leur travail en gardant leurs poches retroussées, lançant un grand mouvement de protestation appelé #PocketsOut (#HomwePanze en langue shona et #IzikhwamaPhandle en langue isiNdebele).
Toutes ces démonstrations publiques des inégalités, simples et facilement reproductibles, ont présenté peu de risques.
Cette tactique créative, peu risquée, a ouvert la possibilité à des milliers de participants d’y adhérer, y compris un ancien ministre du gouvernement, des musiciens et des élèves. La popularité de #PocketsOut a contraint le gouverneur de la réserve fédérale du Zimbabwe à convoquer une réunion d’urgence avec le syndicat et à augmenter les limites de retraits d’argent liquide à 300$ USD.
Ce mode d’action, inoffensifs, s’est également vu durant le printemps arabe en 2011, et à nouveau en Jordanie en 2018 durant la grève nationale contre l’austérité, quand les manifestants protestaient, un pain pita à la main, y inscrivant des phrases comme « où es-tu mon cher ? » et « corruption = pauvreté » pour dénoncer le manque de produits de première nécessité, comme le pain.
Au cours des manifestations au Kenya contre la hausse des prix des denrées alimentaires, en 2011, des militants, affiliés à la « révolution Unga » (révolution de la farine de maïs), organisent des rassemblements où les participants exhibent des assiettes et des cuillères vides, symboles des prix élevés des produits alimentaires, devenus inabordables pour la majorité de la population.
Toutes ces démonstrations publiques des inégalités, simples et facilement reproductibles, ont présenté peu de risques. Profondément rebelles dans l’esprit, ces actions n’enfreignent pourtant aucune loi, et permettent à un grand nombre de citoyens d’y participer. Ironiquement, c’est souvent la simplicité de ces tactiques (et leur capacité à se répandre rapidement) qui créé la panique chez les personnes visées.
Un autre aspect des actions visant à dénoncer les inégalités économiques de manière puissante et canalisée consiste à les concentrer devant des lieux symboles des inégalités (mettons, un siège d’entreprise) ou de prise de décision, comme une mairie. En 2018, des militants défendant les sans-abris de Berkeley, en Californie, ont monté un campement sur le parvis de la mairie. Ils demandaient que soient mises en œuvre des mesures d’hébergement justes. De tels campements ont été vus dans des dizaines de villes un peu partout dans le monde, de Vancouver à Dublin et ailleurs.
Exemples du monde réel

US Federal workers use empty plates at a protest in DC against salary freeze that has been ongoing for weeks due to government shutdown.