En bref
Dans une escalade absurde de représailles, des militants anti-mondialisation se sont retrouvés à lancer des ours en peluche sur la police avec une catapulte jouet, et la police s'est retrouvée l’objet de moqueries pour avoir pris cela au sérieux.
C'était une manifestation classique au sommet de l'apogée du mouvement anti-mondialisation. Trente-quatre chefs d'État de toute l'Amérique se réunissaient à Québec pour négocier la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), un accord commercial de grande envergure avec des dispositions profondément antidémocratiques. Des manifestations avaient été appelées, des dizaines de milliers de personnes étaient attendues dans les rues, et une immense clôture défendue par des milliers de policiers anti-émeute devait être érigée autour de la vieille ville pour éloigner les manifestants du centre de congrès.
À l'approche du sommet et alors que des débats houleux faisaient rage dans les cercles militants sur la manière de s'opposer le plus efficacement à la ZLEA, un groupe se faisant appeler l'Institut Déconstructionniste pour la Topologie Surréaliste (DIST) a diffusé un livret satirique promouvant des tactiques de protestation plus créatives : « Pour ceux qui bâillent chaque fois qu'ils voient encore un autre Black Bloc, l'Institut Déconstructionniste pour la Topologie Surréaliste présente cette brève liste d'alternatives, pour aider à susciter des discussions et injecter un peu de créativité et de rire moqueur dans le mélange. »
Tout le monde pensait que ce serait la fin, mais la police ne pouvait pas supporter d'être dépassée par un front absurde.
Leur liste d'idées de protestation comprenait le Gary Coleman Bloc (tactique de choix : marcher continuellement vers les flics et demander : « De quoi tu parles, Willis ? »), le Bloc Mascotte, le Bloc Parents et le Bloc Fuchsia (« habillé en collants et tutus roses, le rôle du Bloc Fuchsia est de suivre le Black Bloc et de les taquiner sans relâche »). Le DIST a également proposé en plaisantant de défier la clôture autour de la zone de conférence avec un Bloc Médiéval à la Monty Python : « Si l'homme va transformer le sommet en forteresse, le Bloc Médiéval assiégera avec enthousiasme. Béliers magnifiques, échelles, tours de siège, beignets de Troie, catapultes et vaches mortes infectées par la peste. »
C'était un bon gag, mais apparemment rien de plus — jusqu'à ce qu'une personnalité publique sympathique à la cause contacte le groupe et dise : « si vous trouvez quelqu'un pour construire une catapulte, je la financerais. » Un groupe d'enthousiastes de la catapulte à Ottawa a accepté de construire l'accessoire (conçu pour s'assurer qu'il ne pouvait rien lancer très loin au cas où il serait réellement pris pour une arme), et le DIST l'a introduit clandestinement dans la ville. Le jour de la marche, des militants avec des casseroles et des passoires sur la tête ont tiré la catapulte grandeur nature jusqu'à la clôture et ont commencé à lancer doucement des ours en peluche dans les rangs des policiers anti-émeute. Pendant ce temps, d'autres militants ont démonté la clôture incriminée avec des coupe-boulons sous l'œil des caméras.
Le coup terminé, les militants ont désactivé l'accessoire et l'ont abandonné à la police qui avançait à travers des nuages de gaz lacrymogène. Tout le monde pensait que ce serait la fin, mais la police ne pouvait pas supporter d'être dépassée sur le front absurde. Ils ont riposté en envoyant des agents en civil pour enlever un militant éminent, Jaggi Singh, qui n'avait rien à voir avec la catapulte, et l'accuser de possession d'une « arme dangereuse » : l'accessoire lui-même. Singh a été détenu pendant dix-sept jours avant d'être libéré.
L'accusation d'armes fallacieuse n'a fait qu'ajouter de l'huile sur le feu du DIST, déclenchant une nouvelle série de communiqués de presse et de coups médiatiques se moquant de l'établissement de sécurité, avec des militants remettant leurs « camarades en peluche » (c'est-à-dire des ours en peluche) aux postes de police locaux à travers le pays et les envoyant au bureau du Premier ministre canadien pour protester contre l'accusation absurde.
Publié à l'origine dans Beautiful Trouble.
Principes clés
Qu'il s'agisse d'une marionnette géante de la Terre Mère, d'un broyeur de bois loué redécoré en un destructeur de stocks Enron surdimensionné, ou d'une catapulte à ours en peluche, des accessoires bien choisis peuvent aider à créer un spectacle médiatique et à raconter une histoire. En choisissant une machine de siège absurde, le DIST a habilement exposé l'absurdité de la situation plus largement : des dirigeants démocratiques forcés de se réunir « assiégés » par leurs électeurs lorsqu'ils prennent des décisions extrêmement impopulaires.
Pour fonctionner, le pouvoir dépend de l'aura d'autorité. L'homme en uniforme ou en costume a tout sous contrôle. Il est sobre, sérieux, sait mieux, et peut-être surtout, est nécessaire (pour vous protéger). Rien ne sape autant cette aura (et la justification de la violence d'État qui l'accompagne) que le rire, surtout dans le contexte d'une situation absurde qu'ils ne savent pas comment gérer. S'ils réagissent selon leur logique normale, ils ont l'air ridicules et/ou paranoïaques — que ce soit la police polonaise décidant d'arrêter ou non une bande de nains se rendant à une réunion ou la police canadienne confisquant un ours en peluche comme une arme dangereuse.
Comme l'a dit Yogi Berra, « Quand vous arrivez à une bifurcation sur la route, prenez-la ! » Cette action a réussi parce que ceux qui y ont participé ont réagi intelligemment et de manière créative aux opportunités inattendues qui se sont présentées : premièrement, une offre sérieuse de financement en réponse à une proposition absurde, et deuxièmement, une réaction excessive de la police qui a fait paraître tout ce qui précédait complètement non absurde et tout à fait normal.
L'établissement de sécurité canadien a justifié sa mobilisation sans précédent en attisant les craintes de manifestations violentes. Mais qu'est-ce qui est moins violent qu'un ours en peluche ? En construisant une véritable machine de guerre et en choisissant de lancer doucement des ours en peluche, le DIST a trouvé une manière ludique et inattendue de démontrer son engagement envers la non-violence et de montrer que les craintes exagérées du gouvernement étaient ridicules.